
Depuis le 1er avril 2024, le cannabis médical n'est plus un stupéfiant en Allemagne. Les médecins le prescrivent désormais sur une ordonnance ordinaire, et la demande a fortement augmenté. Le gouvernement fédéral veut aujourd'hui durcir à nouveau les règles : première prescription uniquement après une consultation en présentiel, et fin de l'envoi postal des fleurs de cannabis. Ce panorama explique ce qui s'applique aujourd'hui, ce qui est prévu et ce qui changerait pour les patients.
L'essentiel en bref. En Allemagne, le cannabis médical est soumis à prescription et délivré en pharmacie. Il est encadré par la loi sur le cannabis médical (Medizinal-Cannabisgesetz, MedCanG). Un projet de loi du gouvernement fédéral (document du Bundestag 21/3061) prévoit que les fleurs de cannabis ne puissent plus être prescrites pour la première fois qu'après une consultation en présentiel, et qu'elles ne puissent plus être expédiées par la poste. À la mi-septembre 2026, ce projet n'est pas encore adopté : jusqu'à son entrée en vigueur, les règles actuelles continuent de s'appliquer.
Le cannabis médical en Allemagne : le cadre juridique
L'histoire du cannabis médical en Allemagne se résume en deux étapes. La loi « Cannabis als Medizin » (cannabis comme médicament) a permis dès mars 2017 la prescription de fleurs et d'extraits de cannabis pris en charge par l'assurance maladie obligatoire, à l'époque encore sur une ordonnance de stupéfiants. Avec la loi sur le cannabis du 1er avril 2024, le cannabis à usage médical est sorti de la loi sur les stupéfiants pour être régi par une loi propre, le Medizinal-Cannabisgesetz.
Depuis, l'essentiel est le suivant :
- Le cannabis médical reste soumis à prescription et n'est délivré qu'en pharmacie.
- Une ordonnance ordinaire suffit, l'ordonnance de stupéfiants n'est plus nécessaire.
- Les caisses d'assurance maladie obligatoire ne prennent en charge les coûts que sous certaines conditions, et en général après une autorisation préalable.
- Les patients traités hors prise en charge reçoivent une ordonnance privée et paient eux-mêmes leur traitement.
Dans quels cas le cannabis médical est-il prescrit ?
Il n'existe pas de liste exhaustive des maladies pour lesquelles le cannabis peut être prescrit. La décision appartient au médecin traitant. Pour une prise en charge par l'assurance maladie obligatoire, il faut en général une maladie grave pour laquelle aucun traitement standard reconnu n'est disponible ou ne peut être utilisé.
L'étude d'accompagnement de l'Institut fédéral des médicaments et des dispositifs médicaux (BfArM), qui a recueilli entre 2017 et 2022 des données sur les traitements au cannabis pris en charge par les caisses, donne une image claire : dans environ trois quarts des cas analysés, les douleurs étaient le motif principal de prescription. Parmi les autres domaines fréquemment cités figuraient la spasticité, par exemple dans la sclérose en plaques, ainsi que la perte d'appétit et de poids lors de maladies graves.
Important : le cannabis médical n'est pas un remède miracle et ne convient pas à tout le monde. C'est le médecin traitant, et lui seul, qui décide si un traitement est pertinent, quelle forme convient et quelle posologie appliquer.
Fleurs, extraits, médicaments prêts à l'emploi : les formes disponibles
En Allemagne, le cannabis médical est prescrit sous trois formes principales :
- Fleurs de cannabis : fleurs séchées à teneur définie en THC et en CBD, délivrées en pharmacie. Elles sont en général utilisées avec un vaporisateur médical.
- Extraits de cannabis : extraits standardisés, souvent sous forme de solution huileuse à prendre par voie orale.
- Médicaments prêts à l'emploi : médicaments autorisés contenant des cannabinoïdes, pour des indications précises.
La réforme prévue concerne avant tout les fleurs. Les extraits et les médicaments prêts à l'emploi ne sont pas visés par les nouvelles règles sur la première prescription et l'envoi postal.
Une forte croissance : les chiffres derrière le débat
Depuis avril 2024, le marché du cannabis médical a fortement progressé en Allemagne. Selon le ministère fédéral de la Santé, environ 80 tonnes de fleurs de cannabis ont été importées au premier semestre 2025, contre environ 19 tonnes sur la même période de l'année précédente. Pour l'ensemble de l'année 2025, les données du BfArM font état d'importations d'environ 201 tonnes, principalement en provenance du Canada et du Portugal. Une partie des besoins est en outre couverte par une culture en Allemagne, placée sous contrôle de l'État.
Sur la même période, les prescriptions prises en charge par les caisses d'assurance maladie obligatoire n'ont augmenté que de quelques points de pourcentage, selon le ministère. Le gouvernement en conclut qu'une grande partie de la hausse provient d'ordonnances privées, souvent délivrées via des plateformes en ligne proposant des téléconsultations. C'est précisément là qu'intervient le projet de loi.
La modification prévue de la loi sur le cannabis médical
Le Conseil des ministres fédéral a adopté le 8 octobre 2025 un projet de loi modifiant le MedCanG. Selon ce projet, deux changements principaux sont prévus :
- Consultation en présentiel pour la première prescription : les fleurs de cannabis ne pourraient être prescrites pour la première fois qu'après une consultation au cabinet ou lors d'une visite à domicile. Pour les renouvellements, une consultation en présentiel devrait avoir lieu au moins une fois tous les quatre trimestres.
- Fin de l'envoi postal des fleurs : l'expédition de fleurs par les pharmacies en ligne ne serait plus autorisée. La livraison par coursier de la pharmacie de proximité resterait possible.
Selon le gouvernement, l'objectif est de limiter les dérives, comme les prescriptions établies sur simple questionnaire en ligne sans véritable examen médical. Les critiques, parmi lesquelles des associations de patients et une partie du corps médical, mettent au contraire en garde contre des ruptures d'accès aux soins, en particulier pour les malades chroniques ou les personnes vivant en zone rurale, qui dépendent de la téléconsultation et de l'envoi postal.
Où en est la procédure législative ?
Le parcours du projet à travers les instances parlementaires :
| Date | Étape |
|---|---|
| Juillet 2025 | Avant-projet du ministère fédéral de la Santé |
| 8 octobre 2025 | Adoption en Conseil des ministres |
| 21 novembre 2025 | Avis du Bundesrat en première lecture |
| Décembre 2025 | Dépôt au Bundestag (document 21/3061) et première lecture le 18 décembre |
| 14 janvier 2026 | Audition publique en commission de la Santé |
| Février 2026 | Pétition contre le projet, soutenue par environ 58 000 personnes, examinée en commission des pétitions |
| Mi-septembre 2026 | Deuxième et troisième lectures au Bundestag pas encore intervenues |
Des divergences existent au sein de la coalition gouvernementale, notamment sur l'interdiction générale de l'envoi postal. Des modifications du projet restent donc possibles. Après le vote du Bundestag, le Bundesrat devra à nouveau se prononcer sur la loi. Selon le projet, elle entrerait en vigueur le lendemain de sa promulgation, sans période de transition pour les traitements en cours.
Qu'est-ce que cela change pour les patients ?
Tant que la loi n'est pas adoptée et promulguée, les règles actuelles restent en vigueur. Les personnes déjà traitées par cannabis médical, ou qui envisagent un traitement, ont toutefois intérêt à s'y préparer :
- Organiser le suivi médical : les patients suivis uniquement en téléconsultation devraient trouver assez tôt un cabinet pour une consultation en présentiel.
- Prévoir une pharmacie de proximité : en cas d'interdiction de l'envoi des fleurs, le retrait en officine ou la livraison par la pharmacie locale deviendrait la voie d'approvisionnement.
- Discuter des alternatives : les extraits et les médicaments prêts à l'emploi ne sont pas concernés par les restrictions prévues. C'est au médecin traitant de juger si un changement est médicalement pertinent.
- Vérifier la prise en charge : avec une autorisation de la caisse d'assurance maladie, le traitement est en général indépendant des plateformes d'ordonnances privées.
Cannabis médical, cannabis récréatif et CBD : trois choses différentes
Le débat public mélange souvent trois domaines juridiquement bien distincts :
- Cannabis médical : soumis à prescription, uniquement sur ordonnance en pharmacie, encadré par le Medizinal-Cannabisgesetz.
- Cannabis à usage récréatif : légal pour les adultes depuis avril 2024 sous des conditions strictes (possession, culture personnelle privée, associations de culture), encadré par le Konsumcannabisgesetz. La vente en magasin n'est pas autorisée.
- Produits au CBD issus du chanvre industriel : produits issus de variétés de chanvre à très faible teneur en THC, comme les cosmétiques ou les produits aromatiques. Ce ne sont pas des médicaments, ils ne peuvent pas être présentés avec des allégations thérapeutiques et ne remplacent pas un traitement médical.
Sur Big CBD Product, nous comparons exclusivement des produits au CBD et au chanvre. Le cannabis médical relève des médecins et des pharmacies.
Questions fréquentes sur le cannabis médical en Allemagne
Le cannabis médical est-il légal en Allemagne ?
Oui. Le cannabis médical est soumis à prescription et délivré sur ordonnance en pharmacie. Depuis le 1er avril 2024, il n'est plus un stupéfiant et il est encadré par la loi sur le cannabis médical (MedCanG).
Faut-il une ordonnance de stupéfiants pour le cannabis médical ?
Non. Depuis avril 2024, une ordonnance ordinaire suffit. Les caisses d'assurance maladie obligatoire ne prennent en charge les coûts que sous certaines conditions, en général après une autorisation préalable.
L'envoi postal des fleurs de cannabis va-t-il être interdit ?
Le projet de loi du gouvernement fédéral (document 21/3061) prévoit d'interdire l'envoi des fleurs de cannabis ; la livraison par la pharmacie de proximité resterait autorisée. À la mi-septembre 2026, le projet n'est pas encore adopté.
Peut-on encore obtenir du cannabis médical par téléconsultation ?
Selon le droit actuel, oui. Selon le projet de loi, la première prescription de fleurs nécessiterait à l'avenir une consultation en présentiel, au cabinet ou à domicile. Les extraits et les médicaments prêts à l'emploi ne sont pas concernés.
À partir de quand les nouvelles règles s'appliqueront-elles ?
Aucune date n'est fixée. La loi doit être votée par le Bundestag puis repasser devant le Bundesrat. Selon le projet, elle entrerait en vigueur le lendemain de sa promulgation, sans période de transition.
Le CBD, est-ce la même chose que le cannabis médical ?
Non. Les produits au CBD issus de chanvre industriel à très faible teneur en THC ne sont pas des médicaments et ne peuvent pas être présentés avec des allégations thérapeutiques. Le cannabis médical est un médicament soumis à prescription, délivré en pharmacie.
Cet article est publié à titre d'information générale et ne remplace pas un avis médical ou juridique. Informations à jour à la mi-septembre 2026. Les procédures législatives peuvent évoluer rapidement.